Ville durable
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Comment Sceaux encourage la culture du vélo - sans pistes cyclables

par Harry Maxwell, le 23 novembre 2021

4 MIN DE LECTURE

Patrice Pattée, premier Vice-Président du syndicat Autolib' Vélib' Métropole et adjoint au maire de Sceaux, nous raconte la cohabitation entre cyclistes et automobilistes dans sa ville.

Si un grand nombre de personnes n’ont pas encore adopté le vélo, c’est en grande partie par peur de devoir partager la route avec les voitures. Aujourd’hui, il semble que le meilleur moyen de développer le vélo réside dans la création de pistes cyclables. Celles-ci ont tendance à renforcer l’impression de sécurité des cyclistes en établissant une distance avec les voitures.

Cependant, l’implantation d’infrastructures cyclables peut s’avérer être trop coûteuse pour certaines villes, et trop longue face à l’urgence de revoir nos modes de transport.

Les pistes cyclables sont-elles absolument indispensables pour développer une culture vélo forte dans sa ville ?

Les routes sont pour tout le monde

Patrice Pattée, adjoint au maire de Sceaux (au sud de Paris), est un grand promoteur du vélo. Il siège depuis 2008 au conseil d'administration du Club des villes et territoires cyclables, et a pour objectif de concrétiser ses convictions personnelles sur la mobilité active en véritable politique locale de transformation.

M. Pattée et la ville de Sceaux apportent une autre perspective sur la vision traditionnelle des infrastructures cyclables. Il soutient qu’isoler les modes de transport les uns des autres peut être source de division, voire être contre-productif dans le développement d’une communauté d’habitants :

« Nous comprenons les associations qui demandent des pistes cyclables, mais ces ‘tuyaux à vélo’ ne nous semblent pas adaptés car ils compartimentent chacun dans un rôle plutôt que d’éduquer et sensibiliser le plus grand nombre à un partage pacifique de la rue. »

- Patrice Pattée

Le partage pacifique de la rue à Sceaux.

La sécurité avant tout

Plutôt que de séparer cyclistes et automobilistes, il s’agirait plutôt d’ encourager un partage apaisé de la route. Evidemment, il faut pour cela rendre les routes plus sûres pour les cyclistes.  

« L'introduction d'une limitation de vitesse à 30 km/h pour l'ensemble du réseau routier municipal a été un point de départ décisif pour établir le rôle de la mobilité active dans la ville », explique M. Pattée. À certains endroits, elle a même été abaissée à 20 km/h.

En obligeant les automobilistes à réduire leur vitesse, la ville de Sceaux a convaincu ses citoyens de la sécurité du vélo en ville, tout en renforçant davantage la cohabitation apaisée des différents moyens de transport. Evidemment, les restrictions de vitesse peuvent également dissuader l'utilisation de voiture en centre-ville.

« Si l’ensemble de ces mesures ont d’abord été difficiles à faire accepter par les automobilistes, nous en récoltons aujourd’hui tous les bénéfices. Les mentalités changent et les automobilistes eux-même prennent conscience de l’utilité du vélo comme outil de déplacement quotidien de par sa maniabilité et sa rapidité, sur de courtes à moyennes distances ».

- Patrice Pattée

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Donner la priorité aux cyclistes

En réorganisant la circulation, il est très simple pour une ville de faciliter la circulation à vélo.

Sceaux y est parvenue avec 3 mesures clés :

  1. En permettant une circulation à double-sens pour les vélos dans les rues à sens unique limitées à 30 km/h : Circuler à contresens peut être angoissant pour les cyclistes, mais en diminuant la limite de vitesse et en autorisant les déplacements bidirectionnels dans les rues à sens unique, les cyclistes se sont sentis plus à l'aise.

  2. En autorisant les cyclistes à passer au feu rouge à certains carrefours : Avec la signalisation 'M12', les cyclistes ne sont plus systématiquement obligés de s’arrêter au feu rouge. Ils profitent de « cédez le passage » réservés aux cyclistes. Il convient néanmoins de faire attention aux véhicules pouvant arriver via d’autres sens de circulation.

  3. En rendant la place des cyclistes plus visible : Les pictogrammes de vélos peints dans les espaces publics légitiment la place des cyclistes dans les rues et confirment que les routes sont destinées à tous les modes de transport, pas seulement aux véhicules motorisés.
La signalisation M12 est installée à tous les carrefours. (Image : Lyon Capitale)


En donnant une telle priorité aux cyclistes, il est devenu plus avantageux de prendre le vélo que la voiture. Et l'adoption du vélo a augmenté.

Sceaux envisage également d'aménager des carrefours « à la hollandaise » afin de protéger les cyclistes des risques d’angles morts et d’assurer une circulation plus fluide et agréable pour tous les modes, marche comprise.  

Encourager la culture du vélo

Il ne suffit pas d’abaisser la vitesse de circulation ou changer les règles de la route pour faire exploser la pratique du vélo.

C'est pourquoi Sceaux a accompagné cette initiative de plusieurs mesures pour donner les moyens de se mettre en selle à un maximum d’habitants.

« Dans le cadre de la loi LOM, nous avons mis en place un programme de savoir rouler, tant vers les adultes souvent les plus éloignés du vélo tels que les résidents des quartiers populaires, que les enfants de nos écoles. Avec ces nouveaux chantiers nous escomptons augmenter encore le nombre de cyclistes dans nos rues ».

- Patrice Pattée

Le plus important est de changer la conception que nous avons de la route. Grâce à son programme, la ville de Sceaux a vu la pratique du vélo grimper en flèche. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des enfants faire du vélo aux quatre coins de la ville, même sans leurs parents.

Ça a marché pour Sceaux… mais qu'en est-il dans ma ville ?


L'absence de pistes cyclables n'est pas nécessairement une option adaptée à toutes les villes. Comme l'admet M. Pattée, la chance de Sceaux est que la ville n’a pas été construite pour la voiture, et qu’il était donc beaucoup plus facile d’apporter des modifications – en douceur – au schéma de circulation, sans devoir construire des pistes cyclables. Toutefois, le message selon lequel « les routes sont pour tout le monde » doit être entendu partout.

Avec ou sans pistes cyclables, le partage égalitaire et apaisé de l’espace public est une condition indispensable pour encourager les habitants à se mettre en selle.

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